Actualité

Exposition Hyper​.Local

Hyper​.Local a la vocation d’interroger, de comprendre et d’expérimenter les pratiques qui impliquent des rapports d’échelle critiques et des créations situées entre «local» et «global», «micro» et «macro», «moléculaire» et «molaire», «topique» et «cosmique». Cette orientation générale privilégie plus particulièrement le point de vue «hyper local», mais pour se replacer là où les enjeux esthétiques, économiques, sociaux et politiques mondiaux se rencontrent pour prendre un sens vécu, partagé et discuté, c’est-à-dire au niveau de la singularité plurielle des lieux. Cette approche définit l’«hyper local» comme un lieu irréductible à un point géométrique de l’étendue. L’«hyper local» est un mixte où les extrêmes se médiatisent: il est à la fois singulier et pluriel, particulier et universel, objectif et subjectif, abstrait et concret, spatial et temporel. Plus précisément, l’«hyper local» se conçoit paradoxalement comme un système multidimensionnel où communiquent des ordres de grandeur disparates.

Programme de recherche

Espace et trajectoires

Dans différents domaines de connaissance, ces rapports d’échelle saisis à travers l’«hyper local» ont montré leur pertinence et leur validité. Un véritable paradigme «micrologique» est ainsi mobilisé depuis une vingtaine d’années par ces domaines pour relativiser la démarche dominante qui focalise son attention et son analyse sur le niveau macrologique. Cette rupture épistémologique a donné naissance à toute une série de théories et parfois à de nouvelles «disciplines» comme le montrent l’écologie des micro-écosystèmes et des organismes, la microbiologie et l’épigenèse, la microéconomie et l’économie des singularités, la microhistoire, la microgéographie et la micropolitique. Mais l’intérêt de cette approche «micrologique» de la réalité adoptée par l’unité de recherche Hyper​.Local, apparaît aussi dans un contexte principalement structuré par les effets d’échelle de la mondialisation qui en montre la valeur critique. La globalisation des échanges, la standardisation des produits, l’uniformisation des comportements, que crée la mondialisation du capitalisme industriel perturbent, entravent et parfois détruisent toute singularisation et donc toute possibilité de constitution d’un réseau de lieux singuliers par lequel la société, à travers la culture, peut donner sens à l’existence humaine. Le paradoxe est que cette force opposée à la singularisation se concentre précisément au niveau local, voire hyper-local.

Programme de recherche

Sens mineurs – Le goût, le toucher, l’odorat

Les crises actuelles révèlent effectivement à quel point le niveau «macro» ou «global» impacte directement et de manière considérable le niveau «micro» ou «local»: la crise écologique montre que les activités industrielles polluantes, les déforestations massives; la crise économique montre que le capitalisme financier mondial précipite non seulement des pays et des banques dans la dette et la faillite, mais aussi des villes, des familles et des individus sans participation spéculative directe et volontaire de leur part; la crise politique des guerres au Moyen-Orient et en Afrique provoque un flux migratoire massif qui se concentre dans des localités incapables d’y faire face humainement (Lampedusa, Lesbos, Calais); la crise culturelle montre que la consommation de masse de biens culturels standardisés produit un effondrement de la diversité des formes, des langues, des supports et des représentations que la patrimonialisation peine à sauvegarder et la création à renouveler.

Publications

Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle

Dans un tel contexte, la place de la culture est décisive, dans la mesure où le rôle de l’«hyper local» y prend tout son sens. À travers la création, la culture accorde depuis toujours un intérêt majeur aux points remarquables de l’espace et du temps, qu’elle prolonge par des œuvres en s’insérant en eux, les artistes et les designers répondent au contexte actuel par des projets qui rendent sensibles les enjeux de l’«hyper local». L’esthétique environnementale, l’art postcolonial, l’art post-féministe, l’écodesign, le social design, le graphisme critique, parmi tant d’autres lignes expérimentales apparues ces trente dernières années, cherchent à se saisir de ces enjeux pour interroger les représentations, les expériences, les effets du niveau macro sur notre expérience du monde par des propositions alternatives et micrologiques. L’enjeu fondamental est bien celui de comprendre comment par l’art et le design se créent des lieux inappropriables mais exprimables, des lieux que l’on habite plutôt que d’y loger, des lieux qui ouvrent des récits plutôt qu’ils ne répètent des faits, des lieux qui accueillent des sujets plutôt qu’ils ne catégorisent des individus, des lieux qui transforment le rapport à soi et au monde plutôt qu’ils ne déterminent des places à occuper et des rôles à jouer pour reproduire la société.